Tout ça pour ça

Tiens, v’là le connard ! Salut le roi des cons !” Le festival continue. C’est beau, la reconnaissance. J’ai fait un aller-retour à Paris pour participer à une nouvelle émission. Je marche sur l’eau en descendant du train, nimbé dans un de ces sporadiques états mystiques dont j’ai le secret et qui pourraient me valoir une camisole chimique ou un apéro avec des moines franciscains, selon le contexte. J’ai d’abord rendez-vous dans le XIVe. Em m’égarant dans les rues (ma grande spécialité, même avec un GPS sur mon portable), je tombe par hasard sur le cimetière du Montparnasse, que je n’ai jamais visité. J’ai juste le temps de faire un coucou ému à Baudelaire et Gainsbourg tout recroquevillés dans leurs petites tombes moches, avant de déjeuner avec une excellentissime consoeur devenue elle aussi rédac chef. Continuer la lecture

Con comme une valise (sans poignée)

Ca va, la star ? T’as pas trop la grosse tête ?” C’est ce qu’on me demande au boulot. Non non, petite tête je suis, petite tête je reste. La preuve, ça m’énerve qu’on ne trouve plus mon livre. Vu sa trajectoire initiale de bulldozer météoritique sans promo, je me dis qu’il va s’en vendre dix fois moins sitôt que les journalistes auront pris le temps de le lire (ou pris le temps de faire semblant de le lire) et de le recommander… en vain, puisque les réimpressions prendront deux semaines. Et j’ai deux pages dans Elle, l’un des trois plus grands prescripteurs de livres en France, paraît-il, je devrais être content ? Que nenni, la journaliste expliquant bille en tête qu’il manque l’essentiel, (c’est-à-dire ce qui l’intéresse) : les différences entre les cons et les connes. C’est prévu pour le tome 2, madame ! Et un autre confrère m’a demandé au téléphone pourquoi, dans le sommaire, il y avait davantage d’auteurs que d’auteures.ses.trices.tricesses. C’est que j”ai trouvé davantage de vulgarisateurs que de vulgarisatrices dans ce domaine très précis, et que je ne peux pas les inventer. Pourvu que personne ne s’aperçoive qu’en plus, il n’y a que des Blancs ! (Mince, je l’ai dit.) Continuer la lecture

La connerie, une idée qui fait son chemin

Me voici dans mes petits souliers pour lancer la Connerie en grande pompe à la prestigieuse librairie Obliques, à Auxerre, à deux pas des bienheureuses éditions Sciences Humaines. Je suis accompagné du briscard Jean-François Dortier, fondateur de Sciences Humaines et du Cercle Psy, mon patron donc, qui a sorti un excellent livre en même temps que le mien : manque de bol, la Connerie rafle tout. Eclipse du soleil par la lune. Mon livre se vend si bien qu’on n’en vend plus, en rupture de stock un peu partout. Du coup il dégringole méchamment dans les classements que je m’oblige à ne plus consulter, pas plus que les avis sur les réseaux sociaux. J’ai autre chose à faire. Il me reste juste à trouver quoi. Continuer la lecture

Bouleversé

Mazette ! La claque ! Zénith en vue ! Le lendemain de sa sortie, ma Connerie s’est retrouvée n°1 des ventes en philo sur Amazon, n°2 en psycho, n°11 en sciences humaines en général, n°50 toutes catégories ! Ca n’a pas fini de bouger mais 50e meilleure vente sans promo française encore, on a beau se préparer à l’indifférence à l’égard des critères commerciaux pour mieux accueillir un échec à peu près certain, eh bien ça vous claquemure le clapet. Ou plutôt ça vous laisse bouche bée. Je pensais que si un vague succès s’annonçait, il aurait un petit goût de reconnaissance, de revanche, ou même un subliminal goût de melon, si vous voyez ce que je veux dire. En réalité, PAS DU TOUT. C’est autre chose, auquel je ne m’attendais aucunement. Continuer la lecture

50 nuances de cons

Voilà. Elle est sortie, ma Psychologie de la connerie. Premières réactions enthousiastes, comme si c’était un soulagement d’aborder un sujet pareil, à la fois sérieusement et sans se prendre au sérieux. Les gens éclatent de rire rien qu’en prononçant le titre, avant toute question. J’ai expliqué à une consoeur enjouée les différences entre les pauvres, grands, p’tits, sales, gros, vieux cons. La connologie peut déployer ses ailes bariolées sur le vaste monde et parfois elle me paraît très loin, à moi qui l’ai fourbie, polie et pomponnée avant l’été, et qui suis déjà sur les coups d’après. Continuer la lecture

Raid outre-Quiévrain

Me voici à Bruxelles en vue d’une émission sur RTL, à propos de ma Connerie évidemment. J’arrive en pleine grève générale, situation idéale pour atténuer le choc des cultures quand on vient de France. Je déambule dans le centre, histoire de prendre des nouvelles de la cystite du Manneken-Pis  et de me recueillir devant le 1 rue des Brasseurs, là où Lucky Luke Verlaine avait tiré un coup de feu sur son éphèbe Rimbaud (en mille huit cent septante-trois). Je gagne mon hôtel vaille que vaille, juste à côté de RTL, je me couche tôt pour disposer de plus de temps à ne pas dormir, et le lendemain matin je fourbis mon plan : me concentrer sur le corps pour améliorer mes performances. Dans la salle de bains, je pratique un peu de yoga du rire pour me mettre en jambes. Au moment de partir, j’entends la douche qui goutte. N’écoutant que ma sollicitude pour notre planète martyrisée, je décide de mieux fermer le robinet. Je me trompe de sens : l’eau me dégringole dessus depuis le plafond. Tous mes vêtements sont trempés le long de mon bras droit. Je vais être obligé de garder ma veste pendant l’émission, pour cacher mes fringues tire-bouchonnées en serpillière. Continuer la lecture

En approche des Helvètes

J’ai donné ma première interview pour ma Connerie, à un journal suisse et non des moindres. De manière tout à fait inévitable, je ne suis pas satisfait de ma prestation. En règle générale, j’adore poser les questions mais je déteste être l’interviewé : j’ai toujours l’impression d’avoir oublié le plus important, mal choisi mes exemples, lancé des blagues qui sont tombées à plat, sans compter que je me sens obligé de digresser et de m’enliser en voulant trop bien faire. Là, en plus, je n’ai pas aimé ma voix trop haut perchée, mon débit trop rapide et saccadé, les gestes frénétiques que je faisais en parlant. N’étant pas un inconditionnel du téléphone, si j’avais pu voir mon interlocutrice, peut-être que je m’en serais mieux tiré. En tout cas je me surprends à avoir demandé de pouvoir relire mes propos. D’ordinaire je n’apprécie guère qu’un interviewé prenne cette précaution que j’interprète comme un manque de confiance en moi, alors qu’il n’y a sans doute rien de personnel là-dedans et qu’il s’agit peut-être surtout, je le conçois très bien maintenant, d’un manque de confiance en ses propres réponses. Continuer la lecture

Donnons-nous aujourd’hui notre rien quotidien

Le discours ballot dominant, pleurnichard et bien vu, victimaire en diable, excusant toutes les démissions, toutes les lâchetés, est de ne pas avoir de temps pour soi. Pour s’améliorer, apprendre autre chose, explorer d’autres voies que les culs-de-sac des petits malheurs. Hélas ! Si j’avais le temps, je ferais du sport ! Je chercherais l’amour ! Je me consacrerais à mes enfants ! Mais la vie est si courte, et les journées si brèves, et les heures ne sont guère que des secondes ! Or sabordez les écrans, et parfois les trop nombreux livres, et vous ouvrez, illico, un continent. Tout un monde, où tout est possible, aisément planifiable, jaillit. Des heures et des heures disponibles : le temps perdu est retrouvé. L’espérance de vie devient télescopique. Joie ! Il va sans dire que bien rares seront les élus à en profiter. Tous les autres, étourdis par le parfum grisant de la liberté, déploieront, pour une fois dans leur existence, une ingéniosité impressionnante, mais à seule fin de se remettre eux-mêmes les menottes, les ornières, la chaîne au cou. Et plus serrées qu’avant, on ne sait jamais. Continuer la lecture

Tapis rouge sur un champ de mines

Masochistes espiègles, je vous conseille d’adopter un jour ma position actuelle dont je ne parviens pas à déterminer si elle relève plutôt du contorsionnisme ou de l’écartèlement. Dans une semaine sort ma grandiose Psychologie de la connerie, pour laquelle j’ai réussi à débaucher une palette d’auteurs qui m’épate moi-même. Une petite médiatisation s’annonce. Tant mieux pour ce bréviaire sur lequel j’ai sué sang et eau. Mais c’est à la fois un piège et un délice.

Un délice parce que c’est amusant. Des tas de gens vont penser : “Tiens ! V’là l’autre con de (collègue, voisin, ex, copain de lycée… au choix) qui sort un bouquin sur la connerie ! Ca lui va bien !” Et quand on tapera mon nom dans Google, avec un peu de chance il se verra associé à jamais à “connerie“. D’autres, c’est “Mignonne, allons voir si la rose“, “Je vous ai compris” ou “Gangnam Style“, mais moi, je laisse la petite éclaboussure que je peux.

Un piège, aussi, parce que… parce que tout le reste. Continuer la lecture

Un chien est mon maître

Vous connaissez la blague sur le journal intime du chat chouchouté par son propriétaire : « Aujourd’hui, 957e jour de détention… » Tandis que le témoignage du chien, même un peu négligé, relève plutôt de ce registre : « Aujourd’hui, j’ai joué avec un ballon de foot crevé et c’était merveilleux. J’ai traversé la cour avec mon maître pour sortir la poubelle, et j’en ai profité à fond. On m’a brossé pour m’épouiller, et j’ai savouré ma chance. » Continuer la lecture

Et puis un puits

Au petit matin, là où je fais ordinairement les rêves les plus intéressants (les autres sont tous plus consternants les uns que les autres), j’ai hypnotisé Olivier Houdé avec une facilité dont je ne revenais pas moi-même. En moins de temps qu’il n’en faut pour le bégayer. Il était là, dans mes bras, tel un nouveau-né, ma main sur son front. Olivier Houdé est un neuroscientifique spécialiste de l’inhibition, une des fonctions dites exécutives qui servent à contrôler nos comportements : l’inhibition inhibe, ce qui est bien le moins qu’elle puisse faire. Quand on a la choix entre faire A ou faire B et qu’on choisit B, on inhibe A. La bourse ou la vie ? La vie. J’inhibe incontinent “défendre ma bourse contre vents et marées.” Tu tires ou tu pointes ? Mes cliques ou tes claques ? Nashville ou Belville ? J’extrapole, mais choisir, apprendre, tirer les leçons, s’adapter, c’est à la fois s’activer et inhiber le néfaste ou le superflu. Continuer la lecture

The return of the Thin White Duke Dude

J’avais sabordé mon blog, et voilà, je le rapetasse. A un moment j’en avais eu par-dessus la couenne de parler de moi sans pouvoir traiter de l’essentiel, j’ai nommé : des gens. Qui n’avaient pas demandé à se voir publiquement évoqués. Impossible également de me montrer pleinement sincère dans certaines réflexions, ni d’aller aussi loin que je le voudrais dans l’humour que j’affectionne, sous peine de lynchage en règle. Une Toile autour du cou, c’est solide, merci bien ! Alors voilà. A quoi bon ? D’autant que je me sentais mûr pour une bonne dose de déconnexion. Je me ravise parce que ça me manquait, tout simplement. Même dans l’auto-censure, c’était bidonnant. Et puis ça m’obligeait à écrire, et cornedieu j’adore ça. De surcroît, écrire avec, à tout prendre, infiniment moins de précautions quand même que dans le journalisme. Au passage, ça me permettra d’alimenter de nouveau la rubrique Autopsy du Cercle Psy, dont je rédigerai ici les différents chapitres.

Mon grand jour, c’est celui des cloches

Je me suis exceptionnellement retrouvé tout seul le jour de Pâques. J’ai commencé par une grasse mat’ king size comme je n’en avais quasiment pas connu depuis des années, m’interdisant à moi-même de me lever tant que j’aurais une once de sommeil derrière les paupières. Ensuite j’ai fait du vélo dans la forêt près de chez moi, beaucoup plus loin que d’habitude, et j’ai bien failli ne pas me perdre. Mais j’ai réussi à le faire. Et aussi, à retrouver mon chemin. Et puis j’ai pris un bain-marie, bien chaud, pendant une heure, en plein milieu de l’après-midi. Détendu, décalé, je suis enfin passé aux choses sérieuses : le yoga du rire tout seul, en surfant sur le Net ou en m’inspirant d’exercices lus chez Corinne Cosseron.

Continuer la lecture

Tout sur mon éloge funèbre

En attendant de tâter enfin d’un club du rire (c’est prévu la semaine prochaine), j’ai interviewé Corinne Cosseron, fondatrice hyperactive de la rigologie (diffusion du podcast dans un bon mois, je pense). Je lui ai exposé au passage les deux techniques que j’ai mises en oeuvre intuitivement, l’une interne (décrisper le visage pour laisser le rire, au minimum le sourire, surgir), l’autre externe (me faire aiguillonner par mon entourage pour sourire davantage). Dans les deux cas, je misais sur le sourire comme cheval de Troie du rire. Mais deux aspects des propos de Corinne m’ont frappé, moi, vu mon parcours personnel.

Continuer la lecture