Flavia Mannocci – Les pouvoirs de la curiosité

La curiosité est un vilain défaut, dit la sagesse populaire… qui, pour le coup, manque d’ouverture d’esprit ! La curiosité s’avère plutôt une force intérieure indispensable qui nous pousse à explorer le monde dès le berceau, à nous affirmer pendant l’adolescence, à éviter la routine délétère à l’âge adulte, et à limiter les dégâts du vieillissement, excusez du peu !

Psychologue et psychothérapeute, Flavia Mannocci exerce notamment à l’établissement public de santé Maison Blanche à Paris, elle a publié Les pouvoirs de la curiosité, chez Odile Jacob, et j’espère que vous serez curieux de l’entendre !

Demain : H + ?

Oubliez tout ce que vous croyez savoir sur la psychologie, l’être humain, son cerveau, sa pensée, ses émotions, ses relations. Le temps que vous compreniez, il sera trop tard : nous serons confrontés au transhumain (symbol : H+), puis au posthumain, totalement étranger à la nature humaine, inouï, imprévisible. Non content d’échapper à la sélection naturelle, de vivre au-delà de sa période de reproduction, de vaincre bon nombre de virus, de voguer plus vite qu’un poisson, voler plus haut qu’un oiseau, l’Homme va prendre en main sa propre évolution. Il ne sera pas seulement réparé, ni augmenté, mais transcendé.

A lire
Ray Kurzweil, Terry Grossman. Serons-nous immortels ? – Oméga 3, nanotechnologie, clonage…
Miguel Nicolelis. Objectif télépathie : Tout ce que votre cerveau pourra bientôt faire sans que vous l’ayez même imaginé

Aujourd’hui, partout : L’aurore des technopsys

B-R-A-I-N : Brain Research through Advanced Innovative Neurotechnologies. Soit « recherches sur le cerveau grâce aux innovations neurotechnologiques avancées ». Parrain : Barack Obama, président des Etats-Unis. Un projet commun au NIH (Institut national de la santé), à la DARPA (département de la défense), la NSF (fondation nationale pour la science), et des organismes privés. Objectif : produire l’image en temps réel de centaines de milliers de neurones connectés (encore 80 à 100 000 milliards, et on verra le bout pour simuler un cerveau humain vivant…). De leur côté, le Human Connectome Project et le Human Brain Project européens visent la création d’un cerveau artificiel sur lequel explorer des simulations de symptômes ou de fonctionnement « normal » alternatif. Bon courage.

A lire
Jérôme Brunelin, André Galinowski, Dominique Januel, Emmanuel Poulet (Dir.). Stimulation magnétique transcrânienne : Principes et applications en psychiatrie
Laurent Alexandre. La mort de la mort

Charlottesville, 2015 : Le Reproducibility Project

En 2012, on frissonne : Brian Nosek, professeur de psychologie à l’université de Virginie, annonce qu’il va coordonner la réplication de 100 expériences dont les résultats ont été publiés en 2008, dans trois revues de psychologie sociale et cognitive à comité de lecture. Après trois ans de travaux menés par 270 chercheurs volontaires, le verdict est peu glorieux : 61 % des expériences n’ont pas confirmé leurs résultats. En tout cas, pas de façon aussi nette que l’établissaient les psychologues d’origine, pourtant consultés lors des réplications pour s’assurer que leurs hypothèses et protocoles étaient bien respectés. Une telle marge d’erreur humaine fait désordre. La course à la publication dans des revues prestigieuses garantissant un maximum de citations dans des articles ultérieurs, a-t-elle faussé le système ?

A lire
Pascal Pansu, Nicole Dubois, Jean-Léon Beauvois. Dis-moi qui te cite, et je saurai ce que tu vaux : Que mesure vraiment la bibliométrie ?

Paris, 2014 : La fierté des fous

Etouffée, valorisée, sacralisée au fil des contextes, la parole des malades a toujours constitué un enjeu majeur des débats psychiatriques. Avec les mass media et particulièrement l’expansion fulgurante d’Internet, elle s’exprime avec une ampleur, une qualité et une exigence revendicative telles que le modèle paternaliste du bon médecin éclairé guidant l’égaré à travers les brumes de la folie a tout à fait volé en éclats. Et non plus tamisée, reformulée, interprétée ou instrumentalisée par des psys, des intellectuels ou des politiques, mais directe et foisonnante. Qui l’eût cru ? Le malade est devenu expert. Il entend expliquer ce qu’il vit, participer aux recherches, juger les traitements qui lui sont appliqués, lutter contre toute forme de stigmatisation, et parfois refuser qu’on le considère comme souffrant. Depuis 2014 il existe même une Mad Pride française, sur le modèle de la Gay Pride, pour déstigmatiser les malades.

A lire
« La parole aux patients ! » Le Cercle Psy, hors-série n°3, 2014.

Arlington County, 2013 : DSM : c’est assez ?

Ces dernières années, le DSM s’est attiré de nouveaux adversaires de taille. Le plus emblématique, et le plus embarrassant pour les défenseurs de la classification, n’est autre qu’Allen Frances (1942- ), professeur émérite de psychiatrie à la Duke University et ci-devant maître d’œuvre de… la quatrième édition du DSM, parue en 1994 ! Pendant 3 ans, Allen Frances ne cessera de vilipender publiquement l’élaboration de la cinquième édition, finalement parue en mai 2013 avec retard, et après 14 ans de travaux. A l’en croire, il y a quelque chose de pourri au royaume de l’APA.

A lire
Allen Frances. Sommes-nous tous des malades mentaux ?: Le normal et le pathologique
Jerome C. Wakefield, Allan V. Horwitz. Tristesse ou dépression ? : Comment la psychiatrie a médicalisé nos tristesses

Dartmouth, 2009 : L’épouvantable affaire du saumon zombie

Craig Bennett, étudiant en neurosciences, est d’humeur badine. Ce bon folâtre règle son IRM sur des denrées achetées à l’épicerie. Il essaye avec un saumon et là, ô surprise, le poisson mort manifeste une trace d’activité cérébrale ! Il vient d’obtenir un exemple cocasse des faux positifs (trouver quelque chose alors qu’il n’y a rien) que l’on peut obtenir avec l’imagerie pour peu qu’on se dispense d’appliquer une procédure statistique dite de comparaisons multiples. Hélas, cette même procédure peut escamoter des données authentiques en produisant des faux négatifs (ne rien trouver, alors qu’il y a quelque chose). Il arrive que quand elle ne dit pas n’importe quoi, on puisse faire dire n’importe quoi à l’imagerie cérébrale…

A lire
Fabrice Guillaume. Le cerveau n’est pas ce que vous pensez : Images et mirages du cerveau
Elena Pasquinelli. Mon cerveau, ce héros – mythes et réalité

Dominique Mégrier – Ecrire pour dire, écrire pour se dire. Ateliers d’écriture en milieu psychiatrique

On répète sur tous les tons que la parole est thérapeutique, mais on parle généralement peu de l’écriture. Elle permet pourtant, pour le patient qui parvient à surmonter ses blocages et ose franchir le pas, une prise de distance certaine par rapport à ses symptômes et une autre perspective sur son histoire personnelle.

Comment animer des ateliers d’écriture avec des patients en souffrance psychique ? En quoi résident les vertus thérapeutiques de l’écriture ? Comment choisir les exercices les plus bénéfiques ? Quelles sont les précautions à prendre ?

Autant d’éléments que nous allons aborder avec la comédienne et professeure de théâtre Dominique Mégrier, qui a publié, avec Anne Hamot, Ecrire pour dire, écrire pour se dire : Ateliers d’écriture en milieu psychiatrique chez Chronique sociale.

Londres, 2002 : L’année des hippocampes plastiques

En 1949, le neuropsychologue canadien Donald Hebb (1904-1985) montre que l’activation simultanée de neurones renforce leurs connexions. Ce sont elles, et pas les neurones proprement dits, qui stockent l’information, réactivable suivant les contextes, plus vite et plus fort à chaque sollicitation. Dans les années 1950, David Hubel (1926-2013) et Torsten Wiesel (1924- ) constatent que si on coud l’œil d’un chat à sa naissance, la partie du cerveau concernée est réquisitionnée pour traiter l’information perçue par l’œil intact : le cerveau s’adapte tout seul. Au tournant du siècle, l’imagerie cérébrale (voir p. ) apporte des confirmations éclatantes chez l’humain. En 2002 Eleanor Maguire, de l’University College de Londres, souligne que chez les chauffeurs de taxi londoniens, la partie de l’hippocampe gérant la localisation spatiale s’agrandit à mesure qu’ils apprennent par cœur les quelques 25 000 rues de la capitale.

A lire
Stanislas Dehaene. Les Neurones de la lecture: Préface de Jean-Pierre Changeux

Philadelphie, 2000 : La psychologie positive

Symboliquement, c’est en janvier 2000, dans un numéro spécial de American Psychologist, organe officiel de l’American Psychological Association (APA) que  Martin Seligman (1942- ) appelle à la création d’une psychologie « positive ». Et il est alors président de l’APA, ce qui ne saurait nuire quand on ambitionne de lancer une nouvelle vague en psychologie… Qu’est-ce que la psychologie positive ? Une psychologie qui entend non pas uniquement positiver, loin de là, mais définir scientifiquement ce qui nous rend heureux (et qui se veut donc autre chose que le développement personnel, qu’elle regarde de haut). Son autre fondateur n’est autre que la terreur des correcteurs orthographiques, Mihaly Csikszentmihalyi (1934- ), d’origine hongroise, professeur à l’université de Chicago puis de Clairmont.

A lire
Martin Seligman. La force de l’optimisme
Mihaly Csikszentmihalyi. Vivre

Harvard, 1999 : Le gorille invisible

Ulrich Neisser (1928-2012)i superpose plusieurs films montrant des joueurs de basket et prouve qu’une femme déambulant avec un parapluie peut passer inaperçue aux yeux des spectateurs. Mais l’expérience elle-même est passée inaperçue aussi… Une génération plus tard, une variante de l’expérience orchestrée à Harvard par Christopher Chabris (1966- ) et Daniel Simons (1969- ) décroche le jackpot. Cette fois le film présente une seule partie de basket, traversée en temps réel par un gorille qui se frappe la poitrine puis exécute quelques pas de danse avant de quitter le terrain. Pour peu que les spectateurs soient occupés à compter les balles échangées par certains joueurs, la moitié d’entre eux ne voient pas le gorille ! Ce qui illustre le phénomène dit de cécité attentionnelle.

A lire
Christopher Chabris, Daniel Simons. Le Gorille Invisible – Quand nos intuitions nous jouent des tours
Jean-Philippe Lachaux. Le Cerveau attentif: Contrôle, maîtrise et lâcher-prise

Seattle, 1995 : Le piège des faux souvenirs

Elizabeth Loftus (1944- ) a 44 ans lorsque son oncle lui a révélé qu’adolescente, elle a découvert le cadavre de sa mère noyée. Ce qu’elle avait complètement occulté. Tout à coup, les souvenirs lui reviennent. Mais vérification faite, la scène est totalement impossible. Évidemment, le phénomène la fascine. Elizabeth Loftus apporte la preuve définitive qu’il est possible, souvenirs à l’appui, de convaincre quelqu’un qu’il a vécu un traumatisme. Elle est aujourd’hui considérée comme la femme psychologue la plus influente du XXe siècle. Et les faux souvenirs sont devenus un sujet d’expérimentation classique en psychologie de la mémoire.

A lire
Elizabeth Loftus, Katherine Ketcham. Le syndrôme des faux souvenirs

Washington, 1995 : Les guerres freudiennes sont déclarées

Aux Etats-Unis, à la fin du XXe siècle, la psychanalyse n’est plus qu’une approche parmi d’autres, et Freud, une figure appartenant à l’Histoire. En 1995, une exposition consacrée sur l’inventeur de la psychanalyse est prévue à la bibliothèque du Congrès de Washington. 42 intellectuels américains signent une pétition pour s’y opposer, arguant que ce serait trop d’honneur pour un mystificateur. L’expo est annulée, pour des motifs financiers, assure-t-on. Tel est le vortex de ce qui a parfois été qualifié de Freud Wars, où divers historiens ont effrité la statue de Freud sous toutes les coutures,

A lire
Catherine Meyer, Mikkel Borch-Jacobsen, Jean Cottraux, Didier Pleux, Jacques van Rillaer (Dir.) Le livre noir de la psychanalyse Nouvelle édition
Jacques-Alain Miller (Dir.) L’Anti-Livre noir de la psychanalyse

Iowa City, 1994 : Damasio : 1, Descartes : 0

Antonio Damasio (1944- ) exhume Phineas Gage dans un ouvrage coup-de-poing, L’Erreur de Descartes, et opère le rapprochement avec une douzaine de cas cliniques dont il s’est personnellement occupé. L’erreur du grand René, c’est d’avoir cru que raison et émotion s’excluaient, que la première devait s’affranchir des effets parasites de la seconde pour donner son plein rendement. Alors que les émotions portent la trace de nos expériences et nous aiguillent en permanence (sans rien nous dicter) vers le choix qui nous serait probablement le moins préjudiciable. Tout cela grâce à des indicateurs physiologiques que Damasio qualifie de « marqueurs somatiques ».

A lire
Antonio Damasio. L’erreur de Descartes : La raison des émotions

Marie-Louise Dufag-Moreau – 100 idées pour éclairer le chemin du deuil

Difficile de parler « du » deuil lorsque la vie nous confronte à des situations si variées : faire face à la mort brutale d’un enfant ou à celle, attendue, d’un grand-parent malade, devoir accepter le suicide d’un proche ou l’assassinat collectif d’inconnus lors d’un attentat, ce sont des phénomènes totalement différents. Ils induisent toutefois la résignation plus ou moins facile à la disparition d’autrui, mais aussi l’acceptation que la vie, à commencer par la nôtre, continue. Parfois dans ce qu’elle a de meilleur…

La consultante Marie-Louise Dufag-Moreau rend compte de cette complexité dans son livre paru chez Tom Pousse et intitulé 100 idées pour éclairer le chemin du deuil : Mettre des mots sur le chagrin et réapprendre à vivre sereinement.